Les films et séries les plus connus sur des arnaques réelles sont ***Arrête-moi si tu peux* (2002), Le Loup de Wall Street (2013), American Bluff (2013) et des séries comme The Dropout ou Inventing Anna (toutes deux de 2022)**, auxquels le cinéma français ajoute Stavisky d'Alain Resnais (1974) et À l'origine de Xavier Giannoli (2009). Tous partent de faits réels, mais aucun n'est un documentaire : Arrête-moi si tu peux adapte une histoire en grande partie fausse, et Le Loup de Wall Street raconte la version de l'escroc lui-même. Voici quatorze titres, par ordre de sortie, avec ce qui est vrai et ce qui a été changé.
Quels films sur des arnaques réelles faut-il voir ?
1. Le Roi des imposteurs (1961)
Titre original The Great Impostor, de Robert Mulligan, avec Tony Curtis, d'après le livre de Robert Crichton sur Ferdinand Waldo Demara, qui s'est fait passer pour moine, professeur, avocat et chirurgien de la Marine canadienne pendant la guerre de Corée. Ce qui change : c'est une adaptation libre de ses aventures, qui réduit une vie aux dizaines de fausses identités à une comédie d'aventures. La réalité suffisait pourtant : sans être médecin, il a soigné des blessés de guerre à bord d'un destroyer.
2. Stavisky (1974)
Alain Resnais, sur un scénario de Jorge Semprún, avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle d'Alexandre Stavisky, l'escroc mondain du Paris des années trente, et Charles Boyer. Ce qui change : Resnais ne fait pas le récit de l'escroquerie, il fait le portrait d'un séducteur et d'une époque ; ceux qui cherchent la mécanique de la fraude resteront sur leur faim. La réalité : la mort de Stavisky, en janvier 1934, a déclenché un scandale politique qui a provoqué des émeutes meurtrières à Paris et fait tomber le gouvernement. Nous racontons l'affaire avec ses sources dans l'affaire Stavisky.
3. Thérèse Humbert (1983)
Fiction télévisée de Marcel Bluwal, écrite par Jean-Claude Grumberg, diffusée en quatre épisodes sur Antenne 2, avec Simone Signoret dans le rôle-titre. Elle raconte la femme qui, pendant une vingtaine d'années, a emprunté des fortunes à la bonne société parisienne sur la foi d'un héritage américain imaginaire. Ce qui change : comme toute fiction, elle dramatise les scènes privées. La réalité est presque plus romanesque : quand le fameux coffre-fort a enfin été ouvert, en 1902, il contenait une brique et un penny. L'affaire complète est dans Thérèse Humbert et l'héritage Crawford.
4. L'Adversaire (2002)
Nicole Garcia, avec Daniel Auteuil, d'après le livre d'Emmanuel Carrère sur Jean-Claude Romand, qui a fait croire à ses proches pendant environ dix-huit ans qu'il était médecin. Quand le mensonge a menacé d'éclater, en janvier 1993, il a tué sa femme, leurs enfants et ses parents. Le film change le nom du personnage (Jean-Marc Faure). Ce qui change : peu dans l'essentiel ; il suit de près le livre de Carrère. Nous le citons parce qu'il montre jusqu'où peut mener une imposture, en pensant d'abord aux victimes : ce n'est pas un film d'escroc sympathique.
5. Arrête-moi si tu peux (2002)
Steven Spielberg, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle de Frank Abagnale et Tom Hanks dans celui de l'agent du FBI qui le poursuit. Le film adapte les mémoires d'Abagnale : faux pilote de la Pan Am, faux médecin et faux avocat avant ses 21 ans. Ce qui change : le problème n'est pas le film, mais sa source. En 2020, Alan C. Logan a publié The Greatest Hoax on Earth, où il soutient, registres pénitentiaires à l'appui, qu'Abagnale était en prison pendant une bonne partie des années où il disait escroquer le monde entier. La plus célèbre escroquerie d'Abagnale a sans doute été sa propre histoire. C'est notre Loi de la tromperie n° 12 : « Plus une histoire est célèbre, moins on vérifie si elle est vraie. » L'histoire vraie, avec ses sources, est dans Frank Abagnale : l'histoire vraie d'Arrête-moi si tu peux.
6. The Informant! (2009)
Steven Soderbergh, avec Matt Damon dans le rôle de Mark Whitacre, le cadre du groupe agroalimentaire ADM qui a aidé le FBI à démanteler une entente sur les prix dans les années quatre-vingt-dix. Le film est sorti en France sous son titre anglais. Ce qui change : le ton de comédie. La réalité est encore plus étrange : pendant qu'il collaborait avec le FBI, Whitacre détournait des millions de dollars de l'entreprise ; il a perdu son immunité et a été condamné à neuf ans de prison, plus que les dirigeants qu'il avait aidé à confondre.
7. À l'origine (2009)
Xavier Giannoli, avec François Cluzet et Emmanuelle Devos, inspiré de Philippe Berre, un escroc qui a fait croire à toute une région qu'il construisait un tronçon d'autoroute. Ce qui change : l'action est transposée de la Basse-Normandie au Nord-Pas-de-Calais et le personnage (Philippe Miller) est bien plus effacé que le vrai Berre, un imposteur au charisme marqué selon les fiches pédagogiques consacrées au film. La réalité : arrêté, Berre a été condamné à cinq ans de prison, puis a récidivé à plusieurs reprises. Emmanuelle Devos a reçu le César de la meilleure actrice dans un second rôle.
8. Le Loup de Wall Street (2013)
Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle de Jordan Belfort, d'après ses mémoires. Ce qui change : le film raconte la version du protagoniste, ses excès au premier plan et ses victimes presque hors champ. La réalité : Stratton Oakmont se trouvait à Long Island, pas à Wall Street, et vendait par téléphone des actions bon marché qu'elle gonflait pour les revendre au plus haut. En 2003, Belfort a été condamné à quatre ans de prison, en a purgé 22 mois et s'est vu imposer une restitution de 110 millions de dollars, dont il aurait versé environ 14 selon Biography. Et un rebondissement : en 2018, sa société de production, Red Granite, a payé 60 millions de dollars pour clore une action du département de la Justice américain, selon laquelle une partie du financement du film provenait de l'argent détourné du fonds souverain malaisien 1MDB. Un film sur une escroquerie financé, selon le DOJ, avec l'argent d'une autre. L'affaire est racontée dans Jordan Belfort, l'histoire vraie du Loup de Wall Street.
9. American Bluff (2013)
Titre original American Hustle, de David O. Russell, avec Christian Bale et Amy Adams, inspiré d'Abscam, l'opération d'infiltration du FBI de la fin des années soixante-dix au cours de laquelle un escroc a aidé à filmer des élus acceptant des pots-de-vin d'un faux cheikh. Ce qui change : presque tout, et le film prévient : il s'ouvre sur un carton qui dit, en substance, « Une partie de ceci s'est vraiment passée ». Les noms sont changés et l'intrigue est romancée ; selon le chroniqueur Albert R. Hunt dans Bloomberg, le film est meilleur que l'histoire vraie.
10. Madoff, l'arnaque du siècle (mini-série, 2016)
Production de la chaîne américaine ABC sur l'affaire Madoff, avec Richard Dreyfuss dans le rôle principal, diffusée en France sur Paris Première. Ce qui change : comme toute fiction, elle condense des décennies de fraude en quelques heures et s'appuie sur des scènes privées reconstituées. Si vous voulez les faits, mieux vaut un documentaire.
11. The Wizard of Lies (2017)
Téléfilm de HBO avec Robert De Niro dans le rôle de Bernard Madoff et Michelle Pfeiffer dans celui de son épouse, d'après le livre de la journaliste Diana B. Henriques. Ce qui change : il met l'accent sur la famille de Madoff et sur l'effondrement qui suit ses aveux, plus que sur la mécanique de la fraude. La réalité : Madoff a plaidé coupable et a été condamné en 2009 à 150 ans de prison. Pour comprendre le mécanisme, lisez qu'est-ce qu'une pyramide de Ponzi.
12. Les Faussaires de Manhattan (2018)
Titre original Can You Ever Forgive Me?, de Marielle Heller, avec Melissa McCarthy dans le rôle de Lee Israel, une biographe ruinée qui, au début des années quatre-vingt-dix, a falsifié et vendu à des collectionneurs des centaines de lettres d'écrivains célèbres comme Dorothy Parker ou Noël Coward. Le film s'appuie sur les mémoires de Lee Israel elle-même. Ce qui change : peu dans l'essentiel ; il condense des personnages et des périodes. C'est l'une des adaptations les plus fidèles de cette liste.
13. The Dropout (2022)
Mini-série, disponible en France sur Disney+ au moment où nous écrivons, avec Amanda Seyfried dans le rôle de la fondatrice de Theranos. Ce qui change : elle met en scène des conversations privées que personne n'a enregistrées et simplifie les personnages secondaires. La réalité : en janvier 2022, un jury a déclaré Elizabeth Holmes coupable d'avoir fraudé les investisseurs, mais l'a acquittée des chefs de fraude envers les patients ; elle a été condamnée à plus de 11 ans de prison. La version documentaire figure dans notre liste de documentaires sur les arnaques.
14. Inventing Anna (2022)
Série Netflix sur Anna Sorokin, qui s'est fait passer à New York pour une riche héritière allemande, Anna Delvey, d'après une enquête de la journaliste Jessica Pressler. Ce qui change : elle mêle faits et invention, et l'assume dès le premier épisode en prévenant le spectateur que certaines parties sont inventées. La réalité : en 2019, Sorokin a été condamnée à une peine de 4 à 12 ans de prison pour avoir escroqué plus de 200 000 dollars. Et un détail que la série ne souligne pas : Netflix lui a payé 320 000 dollars pour les droits de son histoire.
Les offres de streaming changent souvent : pour savoir où voir chaque titre en France aujourd'hui, la fiche JustWatch de chacun est citée dans les sources en bas de page.
Une précision : ce qui n'est pas de la fiction
L'Arnaqueur de Tinder (2022), Fyre (2019) ou Dirty Pop (2024) apparaissent souvent dans les listes de « films sur les arnaques », mais ce sont des documentaires : nous les avons réunis, avec l'apport de chacun, dans les meilleurs documentaires sur les arnaques.
Pourquoi les films changent-ils l'histoire vraie ?
Pour trois raisons qu'il vaut mieux garder en tête :
- La source, c'est l'escroc. Arrête-moi si tu peux et Le Loup de Wall Street adaptent les mémoires des protagonistes eux-mêmes. Un escroc est, par définition, un narrateur peu fiable.
- Le drame a besoin d'un héros. Le charisme de l'escroc fait vendre des billets ; les victimes, non. C'est pourquoi elles n'apparaissent presque jamais.
- Le temps se comprime. Des années de tromperie tiennent en deux heures, et ce qui se perd est souvent le plus utile : les signes qui étaient sous les yeux de tous et que personne n'a vérifiés.
Chez MATERIUM, nous faisons l'inverse : nous racontons l'affaire avec les sources sous les yeux et nous terminons chaque épisode par la règle qui vous permet de reconnaître le même piège aujourd'hui. Pour commencer par des affaires que le cinéma n'a racontées qu'à moitié, voyez la page des épisodes ou parcourez les plus grandes arnaques de l'histoire.
Questions fréquentes
Quels films sur les arnaques sont tirés d'histoires vraies ?
Parmi les plus connus : Arrête-moi si tu peux (2002), sur Frank Abagnale ; Le Loup de Wall Street (2013), sur Jordan Belfort ; American Bluff (2013), sur l'opération Abscam du FBI ; et, côté français, Stavisky d'Alain Resnais (1974) ou À l'origine de Xavier Giannoli (2009). En séries : The Dropout (2022), sur Elizabeth Holmes, et Inventing Anna (2022), sur Anna Sorokin.
L'histoire d'Arrête-moi si tu peux est-elle vraie ?
En partie seulement. Le film adapte les mémoires de Frank Abagnale, mais le chercheur Alan C. Logan a montré en 2020, registres pénitentiaires à l'appui, qu'il était en prison pendant une bonne partie des années où il disait se faire passer pour pilote et médecin. Abagnale a bien commis des fraudes, mais à une échelle bien moindre.
Quelle est la part de vérité dans Le Loup de Wall Street ?
Le film s'appuie sur les mémoires de Belfort lui-même : il raconte donc sa version. Les faits centraux sont réels : il manipulait des actions depuis Stratton Oakmont, à Long Island, il a été condamné en 2003 à quatre ans de prison et devait rembourser 110 millions de dollars, dont il aurait versé environ 14 selon Biography. En 2018, la société de production a par ailleurs payé 60 millions de dollars pour clore une action du département de la Justice américain qui liait son financement au scandale du fonds malaisien 1MDB.
Existe-t-il un film sur l'affaire Thérèse Humbert ?
Oui, une fiction télévisée : Thérèse Humbert (1983), de Marcel Bluwal, avec Simone Signoret dans le rôle-titre, diffusée en quatre épisodes sur Antenne 2.
L'Arnaqueur de Tinder est-il un film ?
Non, c'est un documentaire Netflix de 2022 raconté par les victimes. Il figure dans notre liste de documentaires sur les arnaques, pas ici.
Sources
- Offi.fr, Le Roi des imposteurs (Robert Mulligan, sortie en France en 1961)
- Wikipedia (EN), Ferdinand Waldo Demara
- Wikipedia (EN), Stavisky (film d'Alain Resnais, 1974)
- Festival de Cannes, Stavisky revient à Cannes, 37 ans après (2011)
- JustWatch France, Stavisky
- Wikipedia (EN), Thérèse Humbert
- IMDb, Thérèse Humbert (téléfilm de Marcel Bluwal, 1983)
- CNC, L'univers d'Emmanuel Carrère au cinéma
- Wikipedia (EN), The Adversary (film de Nicole Garcia, 2002)
- JustWatch France, Arrête-moi si tu peux
- WHYY, The Greatest Hoax on Earth : entretien avec Alan C. Logan
- Offi.fr, The Informant! (sortie en France le 30 septembre 2009)
- Wikipedia (EN), Mark Whitacre
- Wikipedia (EN), In the Beginning (À l'origine, 2009)
- Cinéligue Hauts-de-France, fiche élève À l'origine
- Cineserie, À l'origine sur Netflix : inspiré d'une escroquerie
- JustWatch France, Le Loup de Wall Street
- Biography, Jordan Belfort
- CNBC, les producteurs du Loup de Wall Street paient 60 millions pour clore la plainte liée à 1MDB (2018)
- Wikipedia (EN), Stratton Oakmont
- JustWatch France, American Bluff
- Bloomberg Opinion, Albert R. Hunt : American Hustle is better than the real story (2013)
- VL Media, Madoff, l'arnaque du siècle sur Paris Première (2016)
- Wikipedia (EN), Madoff (miniseries)
- JustWatch France, The Wizard of Lies
- Parquet fédéral du district sud de New York, condamnation de Bernard Madoff (2009)
- JustWatch France, Les Faussaires de Manhattan
- Wikipedia (EN), Lee Israel
- JustWatch France, The Dropout
- Département de la Justice des États-Unis, Elizabeth Holmes reconnue coupable de fraude aux investisseurs (2022)
- JustWatch France, Inventing Anna
- Wikipedia (EN), Anna Delvey