L'Arnaqueur de Tinder, c'est Simon Leviev, de son vrai nom Shimon Yehuda Hayut, un Israélien né en 1990. Entre 2017 et 2019, il a rencontré des femmes sur Tinder en se faisant passer pour l'héritier d'un magnat du diamant et, selon ses victimes, il les a convaincues de contracter des prêts à leur nom, avec lesquels il payait le luxe qui lui servait à séduire les suivantes. Le quotidien norvégien VG l'a démasqué en 2019 et Netflix a raconté son histoire en 2022. À la date de cette publication, il n'a jamais été jugé pour ces faits : ses condamnations connues ont été prononcées en Finlande (2015) et en Israël (2019, pour une vieille affaire de chèques). Il nie avoir pris de l'argent à qui que ce soit.
En 30 secondes
- Hayut a légalement pris le nom de Simon Leviev, celui du magnat du diamant Lev Leviev, avec qui il n'a aucun lien de parenté.
- Selon les victimes et l'enquête de VG, l'argent qu'une femme lui prêtait payait les vols, les hôtels et les jets avec lesquels il en conquérait une autre.
- Il a été arrêté en Grèce en 2019 pour un faux passeport ; en Israël, il a accepté 15 mois de prison pour une affaire de chèques de 2011 et il est sorti au bout de cinq.
- Le documentaire de Netflix a cumulé 166 millions d'heures de visionnage en 28 jours. Lui le qualifie de « film inventé ».
Chronologie
Shimon Yehuda Hayut naît à Bnei Brak (Israël), fils d'un rabbin.
Israël l'inculpe de vol et de falsification de chèques ; il quitte le pays avant le procès.
Un tribunal d'Helsinki le condamne pour escroquerie aggravée au préjudice de trois femmes.
Il rencontre Cecilie Fjellhøy sur Tinder à Londres et l'invite dans son jet.
Le quotidien norvégien VG publie l'enquête « The Tinder Swindler ».
Il est arrêté en Grèce pour avoir voyagé avec un faux passeport, puis extradé vers Israël.
En Israël, il accepte 15 mois de prison pour l'affaire des chèques ; il sort au bout de cinq.
Netflix diffuse le documentaire « L'Arnaqueur de Tinder ».
Il est arrêté à Batoumi (Géorgie) à la demande de l'Allemagne ; il est libéré deux mois plus tard.
La famille du magnat Lev Leviev retire sa plainte à Tel-Aviv pour l'usage de son nom.
Qui est Simon Leviev : de Bnei Brak au « prince du diamant »
Shimon Yehuda Hayut est né en 1990 à Bnei Brak, une ville ultraorthodoxe proche de Tel-Aviv, fils d'un rabbin. Selon l'enquête de VG, dès l'adolescence, alors qu'il vivait à Brooklyn chez des connaissances de la famille, il a utilisé la carte de crédit du maître de maison pour se payer des vols en première classe, des hôtels et des achats de luxe.
En 2011, la justice israélienne l'a inculpé de vol, de faux et d'escroquerie pour des chèques dérobés à une famille chez qui il travaillait comme baby-sitter, selon l'acte d'accusation. Il ne s'est pas présenté au procès et a quitté le pays avec de faux papiers. En Finlande, il a répété un schéma qui allait devenir célèbre : il rencontrait une femme, s'installait dans sa vie, et l'argent qu'il devait rembourser était « toujours en route ». En 2015, un tribunal d'Helsinki l'a condamné pour escroquerie aggravée au préjudice de trois femmes. Expulsé vers Israël, il a de nouveau disparu.
Quand il a refait surface, il s'appelait légalement Simon Leviev. Il soutient qu'il a le droit de porter le nom qu'il veut et qu'il n'a jamais prétendu être le fils de qui que ce soit. Mais, selon des témoins cités par la presse, il montrait des documents et des photos qui laissaient croire exactement cela.
Comment le piège se mettait en place : un jet, un café et un message chaque matin
En janvier 2018, Cecilie Fjellhøy, une Norvégienne de 29 ans qui étudiait à Londres, a eu un match sur Tinder avec un jeune homme aux lunettes de soleil, entouré de jets et d'hôtels. Le premier rendez-vous a été un café au Four Seasons. Le soir même, selon son récit, il l'a invitée à s'envoler pour Sofia dans son avion privé, avec à bord un garde du corps, un associé et une secrétaire. Tout ce monde autour de lui l'a rassurée.
Sont ensuite arrivés les messages du matin, tous les jours, et les projets de louer un appartement ensemble à Londres. Il ne lui offrait pas de sacs : il lui offrait de la constance. C'est le mécanisme de toute arnaque aux sentiments : d'abord on construit une relation, ensuite surgit l'urgence.
Quelques semaines plus tard, selon les messages publiés par VG, Leviev a affirmé que ses « ennemis » le menaçaient et suivaient la trace de ses cartes. Il lui a envoyé une photo de son garde du corps ensanglanté et lui a demandé de l'argent. Cecilie a ouvert des cartes et contracté des prêts à son nom, auprès de plusieurs banques. Il lui a envoyé un justificatif de virement censé tout rembourser ; il était faux. Elle estime avoir perdu environ 250 000 dollars.
Comment cela fonctionnait : une pyramide déguisée en romance
En examinant les relevés de Cecilie, VG a découvert des achats qu'elle n'avait pas faits : des billets d'avion pour d'autres femmes. L'une d'elles était la Suédoise Pernilla Sjöholm, qui l'avait rencontré sur Tinder en 2018 et avec qui elle entretenait une amitié faite de voyages à travers l'Europe. Des mois plus tard, il lui a demandé un prêt de plus de 400 000 couronnes suédoises. Une autre était la Néerlandaise Ayleen Charlotte, sa compagne pendant plus d'un an, qui a contracté des crédits et perdu environ 140 000 dollars, selon son témoignage.
La structure est celle d'une pyramide de Ponzi transposée à un rendez-vous galant : l'argent de la nouvelle victime paie le luxe qui séduit la suivante. C'est pourquoi le système ne peut pas s'arrêter : sans victime suivante, pas de jet. La presse parle d'environ 10 millions de dollars au total, mais il s'agit d'une estimation sans base judiciaire ; les « 100 millions » qui circulent sur internet ne reposent sur aucune source sérieuse.
Comment il a été démasqué : VG, la fausse montre et la compagne loyale
Cecilie a porté plainte en Norvège et au Royaume-Uni, et elle est allée voir un journal. VG l'a pisté pendant des mois. Pernilla a accepté de le revoir et, quand il lui a remis une montre en garantie du remboursement, un horloger de Stockholm a confirmé qu'il s'agissait d'une contrefaçon. L'enquête a été publiée en février 2019.
Ayleen a lu l'article et s'est reconnue à chaque ligne. Elle n'a pas rompu : elle est restée à ses côtés et a transmis à la police le nom figurant sur son faux passeport. Fin juin 2019, il a été arrêté en Grèce. Extradé vers Israël, il a accepté en décembre 2019 un accord dans la vieille affaire des chèques : 15 mois de prison. Il est sorti en mai 2020, au bout de cinq mois. Pour les faits racontés par Cecilie, Pernilla et Ayleen, aucune poursuite n'a été engagée. La réalisatrice du documentaire, Felicity Morris, l'a expliqué ainsi : pour les autorités, il s'agissait de petits délits, chacun dans un pays différent. Personne ne les additionnait.
Que s'est-il passé ensuite : Netflix, la Géorgie et une application de rencontres
Le 2 février 2022, Netflix a diffusé L'Arnaqueur de Tinder, qui a cumulé 166 millions d'heures de visionnage en 28 jours. Tinder l'a banni. Il a ouvert un compte sur Cameo, la plateforme de vidéos de célébrités, et a déclaré à la télévision qu'il n'était qu'un célibataire qui voulait rencontrer des filles et que le documentaire était « un film inventé ». À la télévision israélienne, il a affirmé : « Je ne leur ai jamais pris un centime. »
Les dettes, elles, restaient au nom des femmes. Toutes trois ont lancé une cagnotte pour les rembourser ; Cecilie a même dû se déclarer en faillite au Royaume-Uni. En plus de l'argent perdu, elles ont essuyé des moqueries sur les réseaux sociaux. Cette honte, celle d'avoir fait confiance, est l'une des raisons pour lesquelles beaucoup de victimes d'arnaques aux sentiments ne portent pas plainte.
En septembre 2025, il a été arrêté à l'aéroport de Batoumi, en Géorgie, en vertu d'une notice rouge d'Interpol demandée par l'Allemagne ; selon son avocate, à la suite de la plainte d'une Berlinoise. Deux mois plus tard, il a été libéré sans aucune mesure de contrôle. En juillet 2026, selon The Jerusalem Post, la famille du magnat Lev Leviev a retiré la plainte qu'elle avait déposée à Tel-Aviv pour l'usage de son nom, après que le tribunal a exprimé des doutes sur sa compétence ; il s'est engagé à ne plus se présenter comme membre de cette famille. En octobre 2026, il a annoncé une application de rencontres qui, selon lui, sera « à l'épreuve des arnaques ».
La Loi de la tromperie n° 9 : reconnaître le même piège aujourd'hui
La neuvième des Lois de la tromperie énonce : la richesse qu'on vous montre, la victime d'avant la paie. Le jet, l'hôtel et le garde du corps n'étaient pas la preuve d'une fortune : c'étaient l'appât, payé avec l'argent d'une autre. Le piège fonctionnait grâce à la confiance d'une relation et se protégeait grâce à la honte des victimes.
En France, le même schéma n'a rien d'exotique. Comme l'a rapporté Le Figaro en août 2025, le tribunal correctionnel de Rennes a condamné à quatre ans de prison ferme un homme qui avait soutiré 50 000 euros à 19 femmes par l'intermédiaire de Tinder ; il comparaissait pour la quatrième fois pour des escroqueries. Les signaux se répètent :
- Le luxe dès le premier jour. Des photos de jets, de voitures et d'hôtels, et une vie qui semble trop parfaite pour une application de rencontres.
- Des rendez-vous toujours repoussés. Des voyages permanents, des « affaires » urgentes, des raisons de sécurité pour ne pas se voir ou ne pas laisser de traces.
- Une crise soudaine. Des menaces, un accident, un compte bloqué : toujours quelque chose que seul votre argent peut régler.
- Des prêts à votre nom. Personne qui vous aime ne vous demande de vous endetter pour lui. Si l'argent sort de votre crédit, la dette sera la vôtre.
- Des justificatifs invérifiables. Une capture d'écran de virement n'est pas un virement.
Que faire en France. Avant d'envoyer de l'argent, parlez-en à une personne de confiance extérieure à la relation. Si vous en avez déjà envoyé, prévenez immédiatement votre banque pour tenter de bloquer l'opération, puis portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou en ligne selon la marche à suivre indiquée sur Service-Public.fr, en joignant les messages et les justificatifs. Pour être conseillé, appelez Info Escroqueries au 0 805 805 817 (appel gratuit) ou rendez-vous sur cybermalveillance.gouv.fr. Si l'on vous propose ensuite de récupérer votre argent contre une commission, méfiez-vous : c'est une deuxième escroquerie, l'arnaque au recouvrement. Vous trouverez les étapes dans nos guides victime d'une arnaque : que faire et comment reconnaître une arnaque.
Voir l'épisode complet
L'histoire que Netflix n'a pas racontée, avec la comptabilité de qui payait chaque voyage et ce qu'il est devenu jusqu'en 2026, est dans l'épisode 9 de MATERIUM.
L'épisode completL’Arnaqueur de Tinder : ce que Netflix ne vous a pas raconté
Première sur YouTube le 13 novembre
Questions fréquentes
Quel est le vrai nom de l'Arnaqueur de Tinder ?
Il s'appelle Shimon Yehuda Hayut, il est né en Israël en 1990 et a légalement changé de nom pour devenir Simon Leviev. Son histoire a été révélée en 2019 par le quotidien norvégien VG, puis racontée en 2022 par le documentaire Netflix « L'Arnaqueur de Tinder ».
Où est Simon Leviev aujourd'hui ?
À la date de cette publication, il est libre. En septembre 2025, il a été arrêté en Géorgie à la demande de l'Allemagne, mais il a été relâché deux mois plus tard, et en juillet 2026 la famille Leviev a retiré la plainte qu'elle avait déposée contre lui à Tel-Aviv. En octobre 2026, il a présenté une application de rencontres.
Simon Leviev a-t-il été condamné pour avoir escroqué les femmes du documentaire ?
Non. Ses condamnations connues ont été prononcées en Finlande, en 2015, pour avoir escroqué trois femmes, et en Israël, en 2019, pour une affaire de chèques datant de 2011. Pour les faits racontés par Cecilie, Pernilla et Ayleen dans le documentaire, il n'a jamais été jugé. Il nie leur avoir pris de l'argent.
Combien d'argent les victimes de l'Arnaqueur de Tinder ont-elles perdu ?
Cecilie Fjellhøy dit avoir perdu environ 250 000 dollars en prêts, Ayleen Charlotte environ 140 000 et Pernilla Sjöholm plus de 400 000 couronnes suédoises. Le total d'environ 10 millions de dollars est une estimation de presse.
Sources
- VG, « The Tinder Swindler » (enquête originale, 2019)
- The Guardian, sur le documentaire Netflix (2022)
- Vanity Fair, « The Tinder Swindler » et Shimon Hayut (2022)
- Esquire, l'histoire vraie et où il se trouve aujourd'hui
- OC Media, arrestation à Batoumi (2025)
- Paris Match Belgique (avec Belga), « L'arnaqueur de Tinder a été arrêté » (2025)
- Der Tagesspiegel, remise en liberté en Géorgie (2025)
- The Jerusalem Post, fin de la plainte de la famille Leviev (2026)
- Le Figaro, un arnaqueur sur Tinder condamné à Rennes à quatre ans de prison ferme (2025)
- Service-Public.fr, escroquerie sur internet : que faire ?
- Cybermalveillance.gouv.fr, assistance et prévention



