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Les grandes escroqueries françaises

Publié le 21 octobre 2026 · Revu le 28 octobre 2026 · 8 min de lecture

Les grandes escroqueries françaises vont du coffre-fort de Thérèse Humbert, ouvert le 9 mai 1902 sans qu'on y trouve un centime de l'héritage promis, à l'arnaque au faux président de Gilbert Chikli, condamné en 2020 à onze ans de prison en première instance pour l'avoir déclinée jusqu'au faux ministre en visioconférence. Entre les deux se trouvent la Gazette du franc de Marthe Hanau (1925-1928), les 261 millions de francs de faux bons de l'affaire Stavisky (1933) et la fraude à la TVA sur les quotas de carbone, chiffrée à 1,6 milliard d'euros par la Cour des comptes. Voici chaque affaire avec ce qu'en ont dit les tribunaux, en distinguant ce qui est établi de ce qui relève de la légende.

Les grandes escroqueries françaises, en un tableau

AffaireAnnéesCe qui était venduMontantIssue judiciaire
Thérèse Humbert1879-1902Des prêts garantis par un héritage américain imaginaireHéritage annoncé de 100 millions de francs ; environ 60 millions brassés selon l'historien Frédéric ChauvaudCinq ans de travaux forcés (cour d'assises de la Seine, 1903)
Marthe Hanau, La Gazette du franc1925-1928Des titres à 8 %, recommandés par son propre journalPlus de 170 millions de francs levés, selon WikipédiaDeux ans de prison (1931), puis trois ans ferme dans une autre affaire (1934)
Alexandre Stavisky1930-1933Des bons du Crédit municipal de Bayonne261 millions de francs de faux bonsStavisky meurt en 1934 ; le député-maire Garat condamné à deux ans (1936)
Gilbert Chikli, faux président2005-2006Des virements « secrets » ordonnés par un faux PDG7,9 millions d'euros de préjudice, 52,6 millions bloqués à tempsSept ans par contumace (2015) ; dix ans en appel pour le « faux Le Drian » (2020)
Quotas de carbone2008-2009Des quotas d'émission revendus TVA comprise1,6 milliard d'euros de recettes perdues pour l'État (Cour des comptes)Nombreux procès ; premières peines en 2012

Thérèse Humbert (1879-1902) : l'héritage du coffre-fort

Belle-fille de Gustave Humbert, garde des Sceaux en 1882, Thérèse Humbert affirme avoir hérité d'un millionnaire américain, Robert Henry Crawford, dont les titres dormiraient dans son coffre-fort en attendant l'issue d'un procès contre deux neveux. Ces neveux sont ses propres frères, et les jugements obtenus, jusqu'en Cour de cassation, servent de preuve que l'héritage existe. Pendant une vingtaine d'années, le couple emprunte aux uns pour rembourser les autres. Le 9 mai 1902, la justice fait ouvrir le coffre : il ne contient aucune valeur. Arrêtés à Madrid en décembre, les Humbert sont condamnés en août 1903 à cinq ans de travaux forcés. Le président du Conseil, Pierre Waldeck-Rousseau, avait parlé de « la plus grande escroquerie du siècle ». L'affaire complète est dans Thérèse Humbert et l'héritage Crawford.

Marthe Hanau (1925-1928) : la banquière et son journal

Le 21 mars 1925, Marthe Hanau lance La Gazette du franc, un journal financier qui conseille les épargnants, au nom de la défense du franc, sur des valeurs liées à ses propres affaires. La même année, elle fonde une société de gestion, le Groupement technique de gérance financière, qui émet des titres à 8 % quand ses concurrents en offrent environ 6 %. Elle rembourse sans délai ceux qui veulent récupérer leur mise, mais avec l'argent des nouvelles souscriptions : un système de Ponzi, qui aurait levé plus de 170 millions de francs. Elle est arrêtée le 4 décembre 1928. Le 28 mars 1931, le tribunal correctionnel de la Seine la condamne à deux ans de prison pour escroquerie et abus de confiance, au terme de cinquante-sept audiences, en retenant notamment la publication de tableaux de bénéfices mensongers. Condamnée de nouveau dans une autre affaire, elle se donne la mort à la prison de Fresnes en juillet 1935.

L'affaire Stavisky (1933-1934) : les bons de Bayonne

Le 23 décembre 1933, le directeur du Crédit municipal de Bayonne est arrêté pour avoir mis en circulation 261 millions de francs de faux bons au porteur. Derrière lui se trouve Alexandre Stavisky, un escroc mondain poursuivi depuis des années, dont le procès était sans cesse renvoyé, et qui payait les anciens souscripteurs avec l'argent des nouveaux, avec l'appui du député-maire Joseph Garat. Stavisky meurt le 8 janvier 1934 d'une balle dans la tête, près de Chamonix. Les soupçons de protections politiques font tomber le gouvernement Chautemps le 27 janvier et conduisent aux émeutes du 6 février 1934. Au procès, Garat est condamné en janvier 1936 à deux ans de prison. Tout est dans l'affaire Stavisky.

L'arnaque au faux président (2005-2020) : Gilbert Chikli

Pendant dix-huit mois, entre 2005 et 2006, Gilbert Chikli appelle des cadres de grandes entreprises en se faisant passer pour leur PDG, puis pour un agent des services secrets, et leur demande des virements confidentiels au nom de la lutte contre le blanchiment ou le terrorisme. Selon la condamnation prononcée le 20 mai 2015 par le tribunal correctionnel de Paris, 33 banques et sociétés ont été visées, pour un préjudice de 7,9 millions d'euros, et 52,6 millions ont pu être bloqués à temps. Réfugié en Israël, il est condamné ce jour-là par contumace à sept ans de prison et un million d'euros d'amende.

Il récidive en plus grand. En 2015 et 2016, une équipe se fait passer pour le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en visioconférence et avec un masque en silicone, pour solliciter des fonds auprès de personnalités fortunées. Arrêté en Ukraine en août 2017 et extradé vers la France, Chikli est condamné le 11 mars 2020 à onze ans de prison pour cette arnaque au « faux Le Drian », peine ramenée à dix ans en appel en septembre 2020. L'arnaque au faux président, elle, est devenue un risque classique pour les entreprises. Nous en parlons dans les imposteurs célèbres et dans les arnaques par téléphone et WhatsApp.

La fraude aux quotas de carbone (2008-2009) : l'État comme victime

Le marché européen des quotas d'émission de CO2 permettait d'acheter et de vendre des droits à polluer. Des fraudeurs les achetaient hors taxe dans un autre pays de l'Union, les revendaient en France TVA comprise, puis disparaissaient sans reverser la taxe. Dans son rapport public annuel de 2012, la Cour des comptes a estimé à 1,6 milliard d'euros la perte de recettes pour l'État entre l'automne 2008 et juin 2009, quand ces échanges ont été exonérés de TVA. La première décision de justice tombe le 11 janvier 2012 : le tribunal correctionnel de Paris prononce des peines d'un à cinq ans de prison ferme contre cinq prévenus, condamnés à rembourser 43 millions d'euros de TVA éludée. D'autres procès ont suivi, dont celui de 2016, où deux des principaux accusés ont été condamnés à huit ans de prison, peine confirmée en appel en 2017.

Ce n'est pas une escroquerie aux dépens d'épargnants, mais elle obéit à la même logique que les autres : un marché nouveau, mal surveillé, où les contrôles arrivent après l'argent.

Affaires qu'on confond avec des escroqueries

Tout scandale financier n'est pas une escroquerie au sens strict. Trois cas qu'il vaut mieux distinguer :

  • Le système de Law (1716-1720). Sous la Régence, l'Écossais John Law crée une banque qui émet du papier-monnaie et une compagnie qui détient des droits sur la Louisiane, pour éponger la dette laissée par Louis XIV. La spéculation, rue Quincampoix, fait s'envoler puis s'effondrer les actions en 1720. C'est une bulle et une expérience monétaire ratée, pas une escroquerie jugée ; elle a pourtant touché, selon les estimations tirées de la commission du visa, environ deux millions de personnes.
  • Le scandale de Panama (1889-1893). La compagnie de Ferdinand de Lesseps creusait réellement un canal, mais elle a continué d'emprunter auprès du public alors que le chantier était perdu, et une partie des fonds a servi à acheter des soutiens dans la presse et au Parlement. Sa liquidation, le 4 février 1889, ruine environ 85 000 souscripteurs selon une partie des sources, bien davantage selon d'autres. En 1893, la cour d'appel de Paris condamne Ferdinand et Charles de Lesseps à cinq ans de prison et Gustave Eiffel à deux ans, mais ces condamnations tombent pour prescription. Le seul à purger une lourde peine est l'ancien ministre des Travaux publics Charles Baïhaut, condamné à cinq ans pour corruption. C'est d'abord un scandale de corruption.
  • L'affaire Kerviel (2008). La Société générale perd 4,9 milliards d'euros en dénouant les positions dissimulées d'un de ses traders. Jérôme Kerviel est condamné en 2010 pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données à cinq ans de prison, dont trois ferme, peine confirmée par la Cour de cassation en 2014. Mais la Cour a aussi relevé des fautes de la banque et annulé les 4,9 milliards de dommages et intérêts, ramenés à un million d'euros par la cour d'appel de Versailles en 2016. C'est une fraude interne à une banque, pas une escroquerie aux dépens d'épargnants.

Reste un cas à part : Christophe Rocancourt, qui s'est fait passer à New York, en 2000, pour un héritier de la famille Rockefeller avant d'être arrêté au Canada en avril 2001. Ses escroqueries les plus célèbres ont eu lieu aux États-Unis ; en France, il a été condamné en 2012 pour abus de faiblesse sur la cinéaste Catherine Breillat. Nous le présentons parmi les imposteurs célèbres.

Qu'ont en commun les escroqueries françaises ?

Lues ensemble, les grandes affaires françaises répètent trois schémas, que l'on retrouve aussi dans les plus grandes arnaques de l'histoire :

  1. Un prestige d'emprunt. La belle-famille d'un garde des Sceaux pour Thérèse Humbert, un journal présenté comme une œuvre de crédit public pour Marthe Hanau, un établissement municipal et un député-maire pour Stavisky, la voix d'un PDG ou le visage d'un ministre pour Chikli. Personne ne se porte garant de lui-même : on emprunte une autorité.
  2. La cavalerie. Le mot français existait bien avant Ponzi : emprunter pour rembourser les emprunts. Humbert, Hanau et Stavisky payaient tous les anciens avec l'argent des nouveaux. C'est le mécanisme de la pyramide de Ponzi.
  3. Un contrôle qui arrive tard. Des procès renvoyés pendant des années pour Stavisky, des jugements qui confirment un héritage fictif pour Humbert, une TVA remboursée pendant des mois sur le marché du carbone. La règle que nous tirons de Stavisky le résume : les protections haut placées retardent la chute, pas l'addition. Vous trouverez toutes nos règles dans les Lois de la tromperie.

Comment vous protéger aujourd'hui en France

  • Vérifiez qui vous parle. Consultez les listes noires et les mises en garde de l'AMF, le registre REGAFI pour les banques et les établissements de paiement, et l'ORIAS pour les intermédiaires et les conseillers en investissements financiers. Un site, un logo ou un document officiel ne prouvent rien.
  • Méfiez-vous du rendement qui ne baisse jamais. Les bons de Bayonne et les titres de Marthe Hanau payaient ponctuellement, jusqu'au dernier jour.
  • En entreprise, rappelez toujours. Un dirigeant qui demande un virement urgent et confidentiel doit être rappelé par le numéro habituel, et toute exception aux procédures doit être validée par une deuxième personne.
  • Si vous avez déjà payé, contactez votre banque, conservez toutes les preuves et portez plainte, en ligne avec THESEE pour une arnaque sur Internet. Info Escroqueries répond au 0 805 805 817 et cybermalveillance.gouv.fr accompagne les victimes. Méfiez-vous de quiconque propose de récupérer votre argent contre paiement : c'est une seconde arnaque.

Vous trouverez la liste complète des signaux dans comment reconnaître une arnaque et la marche à suivre dans victime d'une arnaque : que faire ?. Pour les montants comparés, voyez les plus grandes escroqueries par montant. Et si vous voulez voir les affaires racontées, commencez par les épisodes de MATERIUM.

Questions fréquentes

Quelles sont les grandes escroqueries françaises ?

Parmi les plus marquantes : l'héritage Crawford de Thérèse Humbert, dont le coffre-fort ouvert en 1902 ne contenait aucune valeur ; la Gazette du franc de Marthe Hanau (1925-1928) ; l'affaire Stavisky et ses 261 millions de francs de faux bons du Crédit municipal de Bayonne (1933) ; l'arnaque au faux président inventée par Gilbert Chikli (2005-2006) ; et la fraude à la TVA sur les quotas de carbone (2008-2009).

Quelle est la plus grande escroquerie française ?

Par le montant chiffré par une institution publique, la fraude à la TVA sur les quotas de carbone : la Cour des comptes a estimé à 1,6 milliard d'euros la perte de recettes pour l'État entre l'automne 2008 et juin 2009. Par son retentissement politique, l'affaire Stavisky, qui a fait tomber un gouvernement en janvier 1934.

Qu'est-ce que l'arnaque au président ?

Un escroc se fait passer, au téléphone ou par courriel, pour le PDG d'une entreprise et demande à un salarié un virement urgent et confidentiel, souvent au nom d'une opération secrète. Gilbert Chikli l'a pratiquée en 2005-2006 auprès de 33 banques et sociétés, et a été condamné par contumace en 2015 à sept ans de prison.

Jérôme Kerviel est-il un escroc ?

Pas au sens d'une escroquerie aux dépens d'épargnants. Il a été condamné pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données, pour avoir dissimulé des positions qui ont coûté 4,9 milliards d'euros à la Société générale en 2008. En 2014, la Cour de cassation a reconnu des fautes de la banque et annulé les 4,9 milliards de dommages et intérêts, ramenés à un million d'euros en 2016.

Que faire si l'on pense être victime d'une escroquerie en France ?

Arrêtez tout versement, contactez votre banque pour tenter de bloquer les opérations et conservez toutes les preuves. Portez plainte au commissariat, à la gendarmerie ou, pour une arnaque en ligne, avec le service THESEE. Info Escroqueries vous oriente au 0 805 805 817 (appel gratuit).

Sources

Contenu pédagogique : ce n'est ni un conseil financier ni un conseil juridique. Avant une décision d'investissement, consultez un professionnel agréé.